Les frais de notaire d’un marchand de biens ne se résument pas à un pourcentage unique appliqué au prix d’achat. Ils regroupent plusieurs postes distincts, dont un seul, les droits de mutation, peut faire l’objet d’une réduction significative grâce au statut professionnel. Le taux passe alors de 5,8 à 6,4 % (pour un particulier) à 0,715 % sous conditions. Comprendre la mécanique de chaque poste permet d’anticiper le coût réel d’une opération d’achat-revente et d’éviter les rattrapages fiscaux.
Hausse des DMTO en 2025 : pourquoi le différentiel de coût s’élargit
La loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025) autorise les conseils départementaux à relever leur taux départemental de droits de mutation de 4,50 % à 5,00 %, pour les actes passés entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2028. Dans les départements ayant voté cette hausse, le taux global passe de 5,81 % à 6,32 %.
Pour un marchand de biens qui bénéficie du taux réduit de 0,715 %, l’écart avec le taux plein n’a jamais été aussi large. Sur une acquisition de 300 000 euros, la différence entre 6,32 % et 0,715 % représente environ 16 800 euros d’économie sur les seuls droits de mutation.
Ce point est stratégique : la hausse est temporaire et limitée à trois ans. Le calendrier d’une opération d’achat-revente doit intégrer cette donnée. Un bien acquis en 2025 au taux réduit mais revendu après mars 2028 sera soumis, en cas de déchéance de l’engagement, à un taux plein qui pourrait avoir baissé entre-temps, ou au contraire avoir été prolongé par une nouvelle loi de finances.

Engagement de revendre et engagement de construire : deux mécanismes, deux logiques
Les contenus existants traitent souvent ces deux dispositifs comme de simples options. Leur fonctionnement juridique est pourtant très différent, et le choix entre l’un et l’autre conditionne la facture finale.
Engagement de revendre sous cinq ans (article 1115 du CGI)
Le marchand de biens s’engage, dans l’acte d’acquisition, à revendre le bien dans un délai de cinq ans. En contrepartie, la taxe de publicité foncière est ramenée à 0,715 % du prix d’achat. Si la revente n’intervient pas dans le délai, l’administration fiscale réclame le complément de droits au taux plein, majoré d’un intérêt de retard.
Engagement de construire
L’acquéreur (marchand de biens ou non) s’engage à réaliser des constructions dans un délai défini. Ce mécanisme permet de bénéficier d’un régime fiscal plus avantageux que l’engagement de revendre, mais il est aussi plus exigeant : il suppose un programme de construction effectif, pas simplement des travaux de rénovation.
La distinction entre rénovation lourde et construction neuve au sens fiscal est un point de contentieux fréquent. L’administration peut requalifier des travaux de rénovation en simples améliorations et refuser le bénéfice du régime de faveur.
Calcul concret des frais de notaire pour un marchand de biens
La facture notariale se décompose en quatre postes. Seul le premier varie réellement selon le statut de l’acquéreur.
- Droits et taxes : c’est le poste principal. Au taux plein, ils représentent entre 5,81 % et 6,32 % du prix. Avec l’engagement de revendre, ils tombent à 0,715 %. L’engagement de construire permet un régime encore plus favorable.
- Émoluments du notaire : leur barème est réglementé et identique pour tous les acquéreurs. Ils sont calculés par tranches dégressives sur le prix de vente. Ce poste n’est pas négociable, sauf remise légale plafonnée sur les tranches les plus élevées.
- Débours : sommes avancées par le notaire pour les formalités (extraits cadastraux, états hypothécaires, frais de publication). Leur montant est relativement stable d’une opération à l’autre.
- Contribution de sécurité immobilière : elle reste due quel que soit le régime fiscal appliqué.
L’erreur courante consiste à ne retenir que le taux de droits de mutation et à oublier les trois autres postes. Même au taux réduit de 0,715 %, les frais totaux ne descendent pas à zéro : émoluments, débours et contribution de sécurité immobilière s’ajoutent toujours.

Pièges fiscaux lors de la revente : TVA et marge du marchand de biens
Le régime des frais de notaire à l’achat ne doit pas être analysé seul. La fiscalité de la revente pèse tout autant sur la marge réelle de l’opération.
Lorsqu’un marchand de biens revend un immeuble achevé depuis moins de cinq ans, la vente est soumise à la TVA sur le prix total. Si l’immeuble est achevé depuis plus de cinq ans, la TVA s’applique sur la marge (différence entre prix de revente et prix d’achat), sauf option pour la TVA sur le prix total. Le choix du régime de TVA à la revente modifie le traitement fiscal pour l’acquéreur suivant, et donc le prix acceptable par le marché.
Un piège récurrent concerne la requalification de travaux en livraison d’immeuble neuf. Des travaux de rénovation lourde (reprise des fondations, modification de la structure porteuse) peuvent conduire l’administration à considérer que le bien est devenu un immeuble neuf au sens fiscal. La TVA s’applique alors sur le prix total et non sur la marge, ce qui bouleverse le plan de financement.
Ce risque de requalification concerne aussi l’engagement de construire : si les travaux réalisés ne répondent pas à la définition fiscale de la construction neuve, le régime de faveur tombe et les droits de mutation au taux plein sont réclamés avec intérêts de retard.
Délai de cinq ans et déchéance : le coût réel d’un retard
Le non-respect du délai de revente de cinq ans déclenche automatiquement la déchéance du régime de faveur. Le marchand de biens doit alors acquitter le complément de droits de mutation au taux plein en vigueur au jour de l’acquisition, majoré d’un intérêt de retard.
Sur un bien acquis à 300 000 euros, la différence entre 0,715 % et 6,32 % de droits représente environ 16 800 euros. Avec cinq ans d’intérêts de retard, la facture augmente encore de plusieurs milliers d’euros. Le dépassement du délai transforme l’avantage fiscal en surcoût net.
La rédaction de l’engagement dans l’acte notarié mérite une attention particulière. Un engagement de revendre mal formulé (portant sur une partie seulement du bien, ou conditionné à un événement) peut être contesté par l’administration. Le notaire rédacteur est le premier interlocuteur pour sécuriser cette clause, mais la responsabilité fiscale reste celle du marchand de biens.
Le mécanisme de prorogation existe dans certains cas (demande expresse avant l’expiration du délai, justification d’un motif légitime), mais il n’est jamais automatique et reste soumis à l’appréciation de l’administration fiscale.

