Après le groupe Xerfi, qui prévoit depuis fin 2007 une baisse de 18% des prix de l'immobilier dans les 3 ans à venir, les économistes du Crédit Agricole qui rejoignaient en avril les pessimistes avec une prévision de baisse de 5% en 2008, et le BIPE (Bureau d'information et de prévision économique), associé au courtier immobilier en ligne Empruntis dans un baromètre conjoint, qui aggravait ses prévisions le 26 juin en tablant désormais sur une baisse de 4% en 2008 et un nouveau recul de 4 à 6% en 2009, les professionnels admettent à leur tour un retournement.
Tous reconnaissent une baisse brutale du nombre de transactions : de -10 à -15% en moyenne pour les agences Century 21 et Guy Hocquet, -6 à -10% pour les notaires d'Ile-de-France - les seuls qui publient des chiffres sur le nombre de ventes - et même -13% à Paris, alors qu'ils sont en retard de 3 à 4 mois par rapport aux agents immobiliers, ne prenant en compte les ventes qu'à leur signature et non à leur conclusion !
Presque tous prévoient aussi un tassement des prix voire une baisse modérée en 2008 et probablement en 2009 : le réseau Century 21 (près de 1.000 agences) est le moins pessimiste, prévoyant que les prix au m² resteront en moyenne nationale stables, voire en légère baisse maximum de 2 %, et voit les ajustements déjà enclenchés s'effectuer "marché par marché" et leur amplitude être directement liée à l'évolution des conditions de crédit. Le réseau Laforêt (850 agences) y va plus franchement en annonçant des prix à -10% en septembre 2008 et à -15% en septembre 2009 par rapport au point haut atteint en 2007 !
L'indice INSEE/Notaires publié le 2 juillet, seule donnée fiable sur l'évolution réelle de l'ensemble du marché - les professionnels n'en appréhendent qu'une grosse moitié -, mais qui ne traduit que les prix des transactions conclues fin 2007, indique une stabilisation globale des prix au 1er trimestre, même à Paris qui affiche encore une hausse de 9,4% sur 12 mois : sur les 3 premiers mois de 2008, l'indice général des prix marque une baisse de 0,8%, avec toutefois une hausse de 0,4% en Ile-de-France (mais encore +1,1% à Paris) et une baisse, plus forte, de 1,4% en province.
Selon les dirigeants du réseau Century 21, le marché est affecté par un triple "tiraillement" :
- des disparités régionales importantes : pour les maisons de + 7 % (région Centre) à 5 % (Yvelines) et pour les appartements de + 8 % (Val-d'Oise) à 12 % (Basse-Normandie) ; à l'intérieur même de chaque région, les écarts se creusent entre les centres villes dont, en règle générale les prix résistent (voire restent orientés à la hausse) et les banlieues et surtout les grandes banlieues où les prix accusent des baisses atteignant souvent 10 % ;
- l'écart entre la "demande structurelle" - celle liée aux besoins - et la "demande solvable" - celle des possibilités réelles d'achat -, sous le triple impact du resserrement des critères d'octroi des prêts par les banques, des hausses des taux de crédit (+1% en un an) et du renchérissement du prix des carburants ; du coup, les catégories d'acheteurs qui étaient les plus actives sur le marché, telles que les primo-accédants et les CSP Employés/Ouvriers qui, au cours des quatre dernières années, n'hésitaient pas à s'éloigner des villes pour satisfaire leur besoin d'accession à la propriété, se trouvent pour environ 20 % d'entre eux désolvabilisés et contraints de différer leur projet...
- l'écart entre les aspirations des vendeurs en matière de prix et le budget des acquéreurs, perceptible dans l'accroissement des délais de vente : 86 jours en moyenne soit un accroîssement de 6 jours en un semestre) et celui des marges de négociation (5,49 % contre 5,13 % au 2e semestre 2007)...
Selon Century 21, cet écart sera le plus rapide à résorber...